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Education

Pour une reconnaissance accrue des compétences des docteurs par les entreprises

Posté par Pascal Petitjeanil y a 4 moispas de commentaire

Par Jacques Fayolle, vice-président de la CDEFI et président du comité de suivi du parcours Compétences pour l’entreprise

Alors que dans la plupart des pays étrangers, le doctorat ou PhD, est très souvent le prérequis indispensable pour accéder à des postes à responsabilités et notamment hors recherche dans les entreprises, la France fait figure de mauvais exemple.
Depuis plusieurs années, les difficultés de poursuite de carrière des docteurs dans les entreprises sont mises sur le devant de la scène. Il en est de même pour les solutions visant à y remédier.
Il est vrai qu’avec le ralentissement des recrutements dans le secteur public depuis les années 70, l’insertion de ces jeunes chercheurs en dehors du monde purement académique apparaît encore plus essentielle.
Au-delà de cette conjoncture, un fait plus important est à souligner : il est indéniable que les docteurs, titulaires du plus haut grade universitaire, sont de véritables créateurs de l’innovation dont l’économie française ne peut plus se passer.

jacquesfayolle280x220Pourtant, d’après l’enquête Génération 2010 menée par le CEREQ, le taux de chômage de l’ensemble des docteurs diplômés en 2010 était de 6,8 % en 2015, soit 5 ans après l’obtention de leur diplôme. Si on ne s’intéresse qu’aux docteurs diplômés en 2010 qui sont également titulaires d’un diplôme d’ingénieur, le taux de chômage passe à 3 %. De même, si on constate une baisse du taux de chômage à 3 ans des docteurs, les conditions de travail sont également moins favorables (emploi à durée déterminée, niveau de rémunération, …).
En tant qu’établissements d’enseignement supérieur et de recherche, nous nous devons de nous interroger sur ce constat. Alors que les compétences acquises par un ingénieur lors de sa formation semblent évidentes, celle d’un jeune chercheur à l’issue de son doctorat sont moins lisibles. Les compétences acquises par les docteurs sont-elles bien connues des entreprises ? Comment les reconnaître à leur juste valeur ?

Les écoles d’ingénieurs encadrant chaque année 50 % de l’effectif des doctorants et diplômant les deux tiers des étudiants au niveau Master dans le domaine des sciences et technologies, la Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) a souhaité se positionner sur cet enjeu majeur pour offrir aux jeunes la possibilité de réaliser une expérience doctorale reconnue par les secteurs académique et professionnel.
Très tôt, la CDEFI a donc engagé une réflexion sur la manière de favoriser la reconnaissance du doctorat et d’encourager l’emploi des docteurs dans le secteur privé.
Partant du constat que le doctorat est un diplôme méconnu des recruteurs nationaux, souvent éloignés du monde de la recherche, la CDEFI a identifié l’urgence de rendre plus lisibles les acquis de l’expérience doctorale auprès des employeurs et des acteurs du monde socio-économique.

La nécessité d’un langage commun, qui rassemble formateurs et employeurs

S’appuyant sur la forte proximité des écoles d’ingénieurs avec les entreprises, la CDEFI a élaboré en 2011 un parcours de formation doctorale à destination des doctorants souhaitant poursuivre leur carrière dans le secteur privé : le parcours « Compétences pour l’entreprise ». Ce parcours repose sur l’acquisition de quinze compétences transversales attendues par les employeurs. Les compétences listées incluent celles que le doctorant acquiert au cours de ses travaux de recherche, comme celles transmises lors du parcours proprement dit, en contact avec l’école d’ingénieurs et le secteur privé.
Ce référentiel représente un moyen de mesurer les compétences du docteur, mais fournit également aux entreprises un moyen simple d’évaluer la pertinence du profil du docteur en regard de leurs besoins.
L’objectif de la CDEFI est aussi de donner aux doctorants se destinant à occuper un emploi dans le secteur privé une meilleure connaissance du monde de l’entreprise ainsi qu’un portfolio individuel de compétences pour leur permettre de valoriser leur expérience doctorale à sa juste valeur auprès des acteurs privés. Ce parcours n’a donc clairement pas pour cible les doctorants issus d’une école d’ingénieurs, qui ont au cours du cycle ingénieur déjà été en contact des entreprises, ni les doctorants bénéficiant du dispositif CIFRE.

La maquette du parcours

Le dispositif «Compétences pour l’entreprise » est un parcours de 100 heures combinant 70 heures de formation théorique et au moins 30 heures d’immersion professionnelle en entreprise. Le parcours est effectué au sein d’écoles d’ingénieurs labellisées par la CDEFI avec l’accord et l’appui de l’école doctorale à laquelle appartient le doctorant.

A l’issue de la formation, les doctorants doivent valider au moins 8 compétences sur les 15 compétences attendues par les entreprises et listées dans le référentiel du parcours afin de se voir délivrer le certificat de réussite. Ces compétences sont acquises par les docteurs pendant le parcours et tout au long du doctorat.

La diversification des parcours de formation doctorale

L’approche en termes de grille de compétences, similaire à celle adoptée par les écoles d’ingénieurs pour valoriser les acquis de jeunes ingénieurs diplômés, permet un rapprochement concret entre le monde académique et le monde économique grâce, entre autre, à l’adoption d’un langage commun et d’une reconnaissance mutuelle.

Cette initiative, soutenue par le ministère de l’Education nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, a pour vocation de dynamiser l’insertion professionnelle des docteurs en entreprise. Il ne s’agit donc pas ici de mettre en place un doctorat « supérieur » mais de diversifier les parcours de formation doctorale. En effet, bien que de nombreuses compétences transverses soient acquises lors de toute expérience doctorale, un module tourné vers l’entreprise ne permet pas de développer le même panel de compétences qu’un module tourné par exemple sur de l’enseignement. Trois ans après son lancement, le bilan est positif : près de 150 docteurs ont bénéficié de ce dispositif, 26 écoles d’ingénieurs ont été labellisées après audit et une trentaine d’écoles doctorales se sont associées au dispositif.

 


 

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