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Le programme russe « Education globale » : gagnant-gagnant, donnant-donnant

Posté par Sarah Philippeil y a 5 annéespas de commentaire

L’Etat russe a lancé en automne 2014 le programme « Education globale ».  Longtemps attendu, ce programme financera les études d’étudiants russes souhaitant continuer leur cursus en master ou en doctorat dans les meilleurs établissements d’enseignement supérieur du monde. Les participants auront ainsi une opportunité unique d’étudier dans des institutions académiques à l’étranger, tous frais payés par l’Etat. Une fois le diplôme obtenu, ils se verront proposer des postes garantis par l’Etat pour pouvoir construire leur carrière.

Un double objectif pour l’Etat : pallier au manque des spécialistes et booster l’économie des régions

Dans le cadre de ce programme le budget fédéral de la Fédération de Russie couvre la totalité des dépenses de l’étudiant lors de son séjour à l’étranger (frais de scolarité, transport, nourriture, logement, achat de manuels scolaires, assurance…). L’Etat versera à chaque participant l’équivalent de 30 000 euros par an. Le budget prévisionnel, destiné à financer la réalisation de ce programme entre 2014 et 2016, s’élève à 90 millions d’euros. A leur tour, les diplômés sont tenus de rembourser cet argent à l’Etat. Pour cela, ils doivent revenir en Russie après leurs études et mettre en pratique leurs connaissances et leurs compétences en travaillant pendant trois ans dans des entreprises et organisations russes.

Le programme vise deux objectifs. Le premier est de pallier au manque de spécialistes qualifiés dans les domaines prioritaires du développement économique et social du pays (médecine, hautes technologies, ingénierie, management public, administration territoriale, science,  éducation, etc.). Au total, 32 spécialités sont listées, dont certaines sont boudées par les jeunes russes qui leurs préfèrent les métiers du management, de la gestion et du droit.

Le second objectif est le renforcement du potentiel humain et économique des régions. D’où la nécessité de répartir les diplômés du programme sur tout le territoire russe. Seul 10 % d’entre eux pourront travailler à Moscou ou à Saint-Pétersbourg, les 90% restant devant choisir les entreprises régionales. Une bonne partie des postes sera d’ailleurs proposée en Sibérie et en Extrême-Orient en vue du développement de ces territoires.

La logique est la suivante : il vaut mieux former à l’international ses propres spécialistes plutôt que de faire venir des spécialistes étrangers. Pour stopper la fuite des cerveaux à l’étranger et inciter le retour des jeunes spécialistes dans leur pays d’origine, l’Etat s’emploie à réunir toutes les conditions nécessaires pour garantir une brillante carrière en Russie aux participants du programme.

Comment ça marche ?

Pour pouvoir participer au programme,  le candidat doit entrer dans une Ecole/université étrangère par ses propres moyens. Il s’agit uniquement d’études de troisième cycle d’une durée maximum de deux ans. Une fois admis dans un établissement étranger, le candidat peut demander le financement à l’Etat via l’inscription par Internet sur le site www.educationglobal.ru.

L’établissement étranger choisi doit obligatoirement figurer sur la liste définie par l’Etat. Cette liste, établie sur la base des 300 meilleurs établissements présents dans les principaux classements mondiaux, comporte 227 universités de 27 pays. Parmi eux, Harvard, l’Université de Princeton, l’Université d’Oxford, l’Université de Cambridge, California Institute of Technology, l’Université nationale de Singapour etc. Neuf établissements français figurent sur la liste : l’Ecole normale supérieure de Lyon, l’Ecole normale supérieure de Paris, l’Ecole polytechnique, l’Université de Strasbourg, l’université Paris-Diderot, l’université Joseph Fourier à Grenoble,  l’université Pierre et Marie Curie, l’université d’Auvergne, l’université Paris-Sud.

Un autre point important du projet est l’obligation de revenir en Russie et de travailler trois ans dans des entreprises et organisations russes. Après ses études, le candidat dispose de trois mois pour choisir une compagnie sur la liste définie par l’Etat. Plébiscité par les entreprises, le projet a déjà attiré plus de 550 sociétés et organisations, prêtes à embaucher les futurs diplômés du programme. En revanche, en cas de  violation d’obligations (par exemple, le non-retour en Russie), des sanctions s’imposent. L’étudiant doit rembourser l’Etat à hauteur de son investissement, plus 200 % de cette somme en guise d’amende. Ainsi, la somme remboursée peut atteindre 270 000 €.

Cinq mois après son lancement, où en est « Education globale »?

Graphique education globale 2

Malgré les sanctions économiques imposées par certains pays à l’encontre de la Russie et la dépréciation du rouble, le pays continue à développer son programme « Education globale ». Depuis l’ouverture des inscriptions au mois d’octobre 2014, des milliers des candidats ont postulé. 10 participants viennent de recevoir le financement au mois de février 2015.

Les inscriptions montrent que les destinations les plus populaires sont le Royaume-Unis (43 % des demandes), les Etats-Unis (12 % des demandes) et l’Australie (8 %). L’Université la plus attractive pour les candidats russes reste Harvard, la plus ancienne et la plus prestigieuse des universités américaines. Elle est  suivie par l’Université britannique de Southampton, mondialement connue pour le haut niveau de sa recherche. La troisième préférence est l’Institut Karolinska, université médicale, basée à Stockholm, l’un des centres de recherche les plus réputés d’Europe, qui décerne tous les ans le prix Nobel de physiologie ou médecine.

Encore en phase d’expérimentation, le programme présente un nombre des bénéficiaires moins élevé par rapport aux programmes similaires lancés au Brésil, en Chine, et en Corée. En Russie, le programme finance les études des 1500 candidats sur 3 ans, contre 10 000 pour le programme brésilien « Science sans frontière ». Quant à la Chine, elle paye chaque année les études à l’étranger de 20 000 personnes.

Il est possible que l’initiative « Education globale » soit élargie et renouvelée dans l’avenir. Ce qu’il est important de retenir : « Education globale » n’est pas une alternative à l’enseignent supérieur russe, mais plutôt un stimulant, qui vise à préparer des professeurs et des scientifiques pour l’enseignement russe.

 

Tatiana Juresic
Consultante senior Russie

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